manifeste

01. L'heure des choix, faisons ensemble une écologie populaire en Île-de-France !

Nous nous adressons à toutes les militantes et à tous les militants qui ont parfois eu le sentiment que leur engagement ne pesait pas assez lourd.

À celles et ceux qui vivent dans les territoires que l’on qualifie trop vite de périphériques, alors que ce sont eux qui portent le plus lourd des injustices. 

À celles et ceux qui croient que l’écologie peut être une politique de protection et non de contrainte, de justice et non de sacrifice. 

À toutes celles et ceux qui refusent de choisir entre la question sociale et la question écologique, parce qu’elles ne font qu’une.

Il n’y aura pas d’entre-deux.

Soit nous construisons une force capable de protéger, de résister et de gagner, soit nous laissons le terrain à celles et ceux qui fracturent, excluent et opposent. Par-delà nos différences, nos courants, nos motions et nos histoires passées, c’est aujourd’hui une équipe qui se lève pour incarner l’avenir de l’écologie : celle qui ne renonce jamais à la justice sociale au prétexte de la cause environnementale.

Il n’y aura ni l’une ni l’autre sans une force politique capable de les porter jusqu’au pouvoir. L’Île-de-France peut être le laboratoire de cette transformation. À nous de décider si elle en sera le symbole.

Ce que nous voyons

L’Île-de-France n’est pas une région comme les autres. C’est un condensé de la France : ses richesses immenses et ses fractures profondes, ses métropoles rayonnantes et ses territoires abandonnés, ses promesses d’égalité et ses injustices quotidiennes.

Ici, à quelques stations de métro ou de RER d’écart, on peut passer d’un air respirable à un air toxique, d’un logement digne à une passoire thermique, d’un quartier bien desservi à un territoire oublié des transports.

Ce n’est pas une fatalité. C’est le produit de choix politiques. Et ce que des choix ont déconstruit, d’autres choix peuvent le refaire.

Ce que nous voyons aussi, c’est la progression de l’extrême droite dans nos territoires. Elle prospère là où les services publics reculent, là où les mobilités sont impossibles, là où les habitant·es ont le sentiment que personne ne parle d’elles et eux, pour elles et eux, avec elles et eux.

Face à cela, les postures ne suffisent pas. Il faut une présence, une ligne, une force capable de transformer la colère en victoires durables. Nous devons apprendre à construire avec les premier·es concerné·es, plutôt que de prétendre construire pour elles et eux depuis une position de surplomb.

Ce que nous refusons

Nous refusons une écologie qui culpabilise les habitant·es.

Nous refusons une écologie de centres-villes favorisés, pensée pour celles et ceux qui ont déjà les moyens de choisir leur alimentation, leur logement, leurs mobilités. Cette écologie-là ne convainc personne qu’elle n’a pas déjà convaincu, et elle laisse le terrain libre à celles et ceux qui exploitent les peurs plutôt que de les résoudre.

Nous refusons aussi une écologie de la promesse, où l’on annonce des transformations que personne ne vérifie et que les plus précaires ne voient jamais arriver jusqu’à elles et eux.

Nous refusons enfin de laisser le mot sécurité à celles et ceux qui ne savent y répondre que par la désignation de boucs émissaires. La sécurité est aussi une exigence populaire : vivre en paix, être respecté·e, bénéficier de services publics, de prévention, de médiation et de protection.

Notre réponse ne peut être ni le déni, ni la surenchère : elle doit être la justice, la présence humaine, les services publics et le droit à vivre en paix.

Ce que nous portons

Nous portons une écologie populaire, ancrée dans les vies réelles, dans les corps exposés, dans les territoires abîmés.

Une écologie de la réparation, d’abord : réparer les sols pollués de Sevran et d’Aulnay, les logements dégradés, les services publics affaiblis, les mobilités empêchées, les quartiers exposés depuis des décennies aux nuisances que d’autres refusent. La transition ne peut pas rester un mot de discours. Elle doit devenir une politique concrète de réparation des injustices, visible, mesurable, vécue.

Nous portons une écologie de la sécurité, parce que la vraie sécurité, c’est aussi ne pas mourir de chaleur dans un appartement sans ventilation, ne pas développer de l’asthme à cause d’un échangeur autoroutier, ne pas passer trois heures par jour dans des transports épuisants et ne pas voir ses enfants grandir dans un logement humide.

Protéger l’environnement, c’est protéger la santé, la vie et le quotidien. Ce lien entre écologie et santé, les habitant·es le font naturellement. C’est à nous de lui donner une traduction politique, en proposant une écologie des solutions.

Nous portons enfin une écologie de la preuve. Les habitant·es ne croient plus aux promesses, et elles et ils ont de bonnes raisons. Nous nous engageons donc sur des résultats visibles : des factures qui baissent, des logements rénovés, des bus qui reviennent, des RER plus fiables, des cours d’école rafraîchies, des enfants moins exposés à la pollution, des terres protégées, des services publics qui tiennent.

L’écologie populaire ne se mesure pas au nombre de plans publiés. Elle se mesure à ce que les gens voient changer dans leur vie.

Ce que nous assumons

Nous assumons de nommer les choses telles qu’elles sont. Les inégalités ne sont pas seulement sociales ou territoriales : elles se manifestent aussi par une exposition disproportionnée aux nuisances et aux risques environnementaux.

Ce sont souvent les mêmes quartiers, souvent habités par des familles issues de l’immigration ou en situation de précarité, qui cumulent les nuisances, les pollutions, les contrôles abusifs et les discriminations. Ce sont souvent les mêmes qui paient le prix le plus élevé de l’inaction écologique, tout en subissant le rejet des politiques qui pourraient les protéger.

Nous assumons une écologie résolument antiraciste, intersectionnelle et féministe, qui fait de la dignité et de l’égalité réelle des priorités concrètes de l’action publique. Nous refusons toute hiérarchisation des luttes : lutter contre l’antisémitisme, l’islamophobie, le racisme anti-noir, anti-asiatique, les discriminations LGBTI+, le sexisme ou les inégalités sociales, c’est défendre la même exigence d’égalité avec la même détermination.

Nous assumons aussi une vérité que l’écologie doit regarder en face : celles et ceux qui contribuent le moins aux désordres écologiques sont souvent celles et ceux qui en subissent le plus durement les conséquences.

Les classes populaires ne sont pas indifférentes à l’environnement. Elles l’habitent, elles le subissent, elles le défendent souvent, discrètement, sans que personne ne les en crédite.

Notre rôle n’est pas de leur donner des leçons. C’est de reconnaître ce qu’elles font déjà, de leur donner les moyens de faire plus, et de renverser une contradiction fondamentale : une société qui expose le plus celles et ceux qui pèsent le moins sur la planète.

Ce que nous voulons construire

Pour relever ce défi, nous avons besoin d’un mouvement à la hauteur : lisible, démocratique, fédéraliste et profondément ancré dans les territoires.

Nous voulons un Conseil Politique Régional (CPR) qui soit bien davantage qu’une instance statutaire. Il doit devenir le lieu où se rencontrent les réalités de l’ensemble de l’Île-de-France, le carrefour où dialoguent les expériences des quartiers populaires, des villes-centres, des territoires périurbains et de la grande couronne.

Nous voulons un CPR vivant, où les débats sont préparés, où les décisions sont assumées, où les orientations sont construites collectivement pour permettre l’action. Un espace où les territoires peuvent faire entendre leur voix, partager leurs expériences et contribuer pleinement à la stratégie régionale.

Nous voulons également un Bureau Exécutif Régional pleinement engagé dans la mise en œuvre de cette ambition collective. Son rôle ne doit pas être réduit à de l’administratif. Le BER doit favoriser les débats, porter la ligne politique votée par le CPR, coordonner l’action du mouvement, accompagner les territoires et rendre compte régulièrement de son activité.

Parce que nous sommes un mouvement fédéraliste, nous voulons renforcer les liens entre les instances régionales, les Conseils Politiques Départementaux et les groupes locaux. Les réalités franciliennes ne sont pas identiques. Cette diversité constitue une richesse politique qui doit être davantage représentée dans nos espaces de décision.

Nous voulons mieux intégrer les territoires de grande couronne dans nos réflexions et nos orientations. Ils concentrent des enjeux majeurs : artificialisation des terres agricoles, accès aux transports, précarité énergétique, services publics, développement économique, biodiversité et progression de l’extrême droite.

Nous voulons aussi renforcer les passerelles entre les groupes locaux. Trop souvent, des équipes affrontent seules des difficultés que d’autres ont déjà rencontrées et parfois surmontées. Nous proposons donc l’organisation régulière de rencontres interterritoriales associant militant·es, élu·es, Jeunes Écologistes, responsables départementaux, commissions thématiques et groupes locaux afin de mutualiser les expériences, partager les outils et faire émerger des stratégies communes.

Ce sera la naissance de la Fabrique des solutions écologistes.

Nous voulons renforcer nos commissions thématiques et faire de la transmission une priorité. Elles doivent redevenir des lieux de réflexion, de formation et de production politique capables de nourrir nos campagnes, nos élu·es et nos prises de position publiques.

Transmettre, accueillir et former les nouvelles et nouveaux militant·es, partager les expériences et mutualiser les outils sont des conditions essentielles pour renforcer l’autonomie des groupes locaux et faire grandir l’écologie politique partout en Île-de-France.

Nous voulons un mouvement davantage ouvert sur la société.

Associations, syndicats, collectifs citoyens, mouvements de solidarité, acteurs de l’éducation populaire, organisations de défense des droits humains : toutes celles et ceux qui agissent déjà dans les territoires doivent être considérés comme des partenaires naturels de l’écologie politique.

Notre vocation n’est pas de parler à leur place. Elle est de construire avec eux les majorités de demain.

Nous faisons également le choix de la transparence et de la participation. Les décisions stratégiques doivent être débattues, expliquées, davantage partagées et co-construites avec l’ensemble des échelons militants.

Nous souhaitons créer les conditions de larges consultations régionales afin de recueillir les priorités, les attentes et les propositions des adhérent·es, des sympathisant·es et des groupes locaux. Cette démarche devra constituer l’un des fondements de la feuille de route du nouveau Conseil Politique Régional.

Enfin, nous voulons faire du CPR un véritable laboratoire d’idées et d’initiatives pour l’Île-de-France : un espace capable d’anticiper les défis à venir, de produire des propositions concrètes, d’alimenter le travail de nos élu·es et de faire entendre une voix écologiste forte dans les débats régionaux et nationaux.

Les échéances qui arrivent exigeront un mouvement solide, organisé et capable de parler à toute l’Île-de-France. Mais notre ambition est plus grande encore : construire une écologie populaire capable de protéger et de rassembler pour gouverner.